Camping municipal de Rothau

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Le patrimoine

L'histoire de Rothau est intimement liée à celle de l'usine. La croissance de cette dernière a permis le développement de la commune. L'usine Steinheil était connue à l'échelle de la vallée, par son importance, ses activités, et par le fait qu'elle était la dernière à fonctionner.

L'usine était partie prenante dans la vie des salariés, habitants la vallée pour la plupart. Elle organisait leur temps de travail et de vie en dehors de 1 ' usine.

L'usine a eu également un impact sur le paysage de la commune.

 

 

L'histoire du textile dans la vallée de la Bruche, remonte aux dernières années du XVIIIème siècle. C'est l'industrie cotonnière qui est la première à prendre place à Schirmeck en 1795.

En 1808, sous le premier Empire, vit à Rothau Jonathan Wiedemann, qui construit une petite filature dans le village, commandité par Mathieu Pramberger, un drapier de Strasbourg. La chute de l'Empire entraîna celle de bien des citoyens, et notamment celle de Jonathan Wiedemann, qui doit abandonner la vallée pour s'installer à Mulhouse en 1815. Il laisse ainsi son affaire à son principal créancier Mathias Pramberger. Celui-ci meurt en 1817 et c'est sa veuve qui continue l'exploitation de la petite filature de Rothau.

En raison des conditions misérables qui touchent les gens de la vallée à cette époque, elle s'applique à donner du travail aux habitants de Rothau et des communes environnantes. Les habitants des communes sont pour la plupart des paysans et ont essuyé plusieurs récoltes infructueuses. C'est ainsi que sont créées de nombreux tissages à bras dans la vallée (Neuviller, Natzwiller, Wildersbach...).Toutelaproductiondesmétiersàtisserestapportéeàlanouvelle petite teinturerie installée près de la filature de Rothau. Madame Pramberger voit ses affaires assez rapidement prospérer et développe ainsi l'usine.

Laforce motrice qu'offre la Bruche et la main d'oeuvre abondante des villages attirent d'autres usines textiles, qui amènent avec elles leurs techniques. C'est ainsi qu'on a eu vers 1830 l'introduction d'un tissage mécanique à La Broque par un industriel anglais. Cette nouvelle technique remplace les métiers à bras de la maison «Vve Mathieu Pramberger» en 1835. C'est cette même année que la société construit le tissage de la «Forge» à Rothau, ancêtre de l'usine Steinheil. Cette même année, Charles Spach crée à Rothau une retorderie de coton spécialisée dans la fabrication du fil à coudre et à broder.

Gustave Steinheil, qui dirige déjà la maison depuis quelques années, la rachète à la mort de Madame Pramberger en 1847. La maison change de raison sociale et devient la société en commandite «Filatures et Tissages Gustave Steinheil». Cette dernière rentre dans une phase de diversification et de concentration. Une nouvelle filature est donc construite pour se rapprocher du tissage et de la teinturerie. Selon un historien local, les canaux qui parcourent l'usine peuvent avoir été construits aux alentours de 1850 pour utiliser la force motrice de l'eau.

Les paysans changent ainsi de statut pour devenir paysan-ouvrier, puis ouvrier-paysan. Ceci n'est pas sans incidence. En effet, les salariés sont logés par leurs patrons qui ont fait construire des maisons ouvrières, donnant ainsi leur caractère aux communes et, d'une certaine manière, gèrent leur urbanisme. Les maisons peuvent accueillir la famille à l'étage, et une étable au rez-de-chaussée. De plus, les salariés sont dotés, avec la maison, d'une parcelle de terrain àcultiver. Ainsi, l'usine gère l'emploi du temps des gens, aussi bien à Fusinequechezeux.Celaaégalementuneincidencesurle paysage. Les salariés entretenant des parcelles, ils préservent des espaces ouverts.

On parle de paternalisme, de la part des dirigeants de l'usine. En plus de loger leurs salariés, les patrons font également construire des crèches pour les enfants de ces derniers, des terrains de sport pour les ouvriers qui le souhaitent, des piscines... Le paternalisme est perçu de différentes manières. Les conditions de travail sont dures. Les salariés sont soumis à la «semaine des trois huit», l'usine est une ville dans la ville. Certains parlent d'esclavagisme. D'autres sont nostalgiques de l'époque où l'usine procurait du travail à tous. On se vante d'avoir eu le premier tennis couvert de France dans la vallée. Les gens travaillent ensemble, se retrouvent le soir autour d'un verre...l'usine, et donc plus généralement la commune, apparait comme une grande famille, avec des liens de fraternité entre les ouvriers, et ce, même dans l'adversité qui les touche lorsque l'usine ferme ses portes des décennies plus tard.

L'usine a donc un impact sur son site, mais également sur la commune et son paysage. Lorsque, plus tard, les ouvriers-paysans sont devenus ouvriers, le paysage s'est refermé, laissant les forêts descendre jusqu'aux maisons du village.

En 1857, Charles Marchai est directeur de la filature «Steinheil-Dieterlen». Avec son frère Gédéon, ils montent une autre filature à la Claquette, puis en 1865 à Rothau, en dehors du village. Ces années correspondent à un certain âge d'or de l'industrie textile.

En 1860, une nouvelle société est créée et prend le nom de «G. Steinheil-Dieterlen et Cie». Christophe Dieterlen est le beau-frère de G.Steinheil, et le cogérant de la société. Cette société développe deux nouvelles activités, sans abandonner les anciennes. Le blanchiment, l'entretien et la réparation, font leur entrée dans les domaines que couvre la société. Elles s'accompagnent de nouveaux bâtiments, notamment pour l'entretien, des bureaux ruedu Château, et un bâtiment hydraulique, une turbine. C'est aussi dans ces années que la société s'attache les servicesd' Armand Lederlin,responsabledelateinturerie.

En 1870, on entre dans une période ou l'Alsace est annexée par l'Empire allemand. Les 80 000 broches de filature et les 1750 métiers qui tournent et battent dans la vallée de la Bruche ne subissent que peu de modifications quant à leur nombre.

Le textile continue à se développer, et l'usine Steinheil développe de plus en plus de centrales hydroélectriques, jusqu'en 1914. Christophe Dieterlen et Armand Lederman quittent la société en 1871 pourThaon-les-Vosges. En 1872, la société se transforme en SA sans changement de raison sociale. Elle adopte en 1912 les statuts d'une société de droit local pour obéir à la législation allemande. Elle ne redevient SA de droit français qu'en 1927. La maison Marchal continue elle aussi à prospérer et construit un tissage à La Claquette pendant l'annexion.

L'Alsace redevient française à la fin de la première guerre mondiale en 1918. On pense que l'extension des bâtiments par dédoublement date de ces années d'entre deux guerres. La seconde guerre mondiale interrompt le développement de l'usine. Réquisitionnée en 1940 et partiellement transformée en 1943 pour lafabrication d'obus, elle voit sa production textile réduite à 30% de sa capacité de 1938. Ceci est du notamment à la suppression d'une salle de tissage et la destruction des 400 métiers qu'abrité cet atelier. À la libération, les propriétaires doivent entièrement reconstituer les équipements disparus ou usés par la production de guerre. On assiste également à la création de nouveaux ateliers, un laboratoire, une cantine d'usine, un garage et une remise à matériel d'incendie. L'usine se modernise et s'étend.

Arrive la crise de 1957, consécutive à la perte des marchés coloniaux. Pour mieux y résister, «Steinheil» absorbe la société G.Marchai & Fils, et intègre ce nom à sa nouvelle raison sociale, créée de nouveaux ateliers de blanchiment et d'impression (avec chaufferie) et modernise ses équipements. L'usine est à «la pointe» de la technologie dans le domaine du textile (première machine à cadre rotatif en France, utilisation de rouleaux...). Les actionnaires sont souvent investis dans l'usine, occupant des postes de cadres. Ils réinvestissent donc l'argent gagné dans la société ce qui lui permet de continuer à se développer. En 1960 elle emploie 1300 employés et rayonne à l'échelle de la vallée comme étant la plus grosse usine textile, celle qui emploie le plus de salariés, et qui possède les technologies les plus modernes.

Comme de nombreuses autres entreprises, elle doit pourtant recentrer ses activités sur le tissage, le blanchiment et l'impression. Elle renonce, en 1976, à la filature. De cette époque datent probablement les grands ateliers de fabrication et les magasins industriels bordant la Grande Rue, ainsi que la transformation d'un ancien atelier de fabrication en magasin de vente. C'est à ce prix que l'usine connaît en 1982 son apogée en terme de production avec plus de 60 millions de mètres de tissus teints et imprimés par an.

Mais, l'entreprise périclite. Le marché mondial devient de plus en plus concurrentiel (avec notamment l'émergence des pays de l'est dans le secteur du textile). On rentre dans la période des crises successives s'accompagnant de grèves et de plusieurs restructurations: En 1990, on assiste à une prise de participation majoritaire du groupe «Schaeffer & Cie».LasociétédevientalorsSteinheilSA;enl994,prisedeparticipation majoritaire du groupe «Dufour» ; en 1996, fusion du groupe HDG Dufour et Schaeffer. La société devient alors «Schaeffer-Dufour».

L'usine ferme une première fois ses portes en 2003. Elle ne produit plus à cette époque là que 8 millions de mètres de tissus. Elle est rachetée en 2004 par la société «Lifetex» qui s'approvisionne en écrus et y poursuit les seules activités d'ennoblissement du coton.

L'usine ferme définitivement ses portes fin 2005. Les machines sont vendues à des entreprises de divers pays, les turbines et centrales hydroélectriques sont achetés par un privé qui les exploite et revend l'électricité produite à EDF.

L'usine reste donc en place sur le site, laissant des bâtiments sans vie. On a le sentiment en pénétrant dedans, que le temps s'est arrêté. Le tissu sort encore des machines, divers papiers sont encore dans les tiroirs et sur les murs. L'usine porte les traces de sa vie passée, mais tout s'est figé.

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